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L’OTAN au XXIe siècle. La transformation d’un héritage
Olivier Kempf Artège, Perpignan, 2010, 562 p.
Le sondage annuel Transatlantic Trends montre que les Français restent majoritairement favorables à l’OTAN. En 2010, 60% estimaient que l’OTAN était encore essentielle à la sécurité du territoire français. Pourtant, l’OTAN pourrait être définie pour beaucoup comme un « grand machin » - expression que le général de Gaulle utilisait pour l’ONU. Le retour de la France dans les structures intégrées de l’OTAN a déclenché quelques débats qui ont montré à quel point la compréhension sur cette organisation était pauvre et datée. Olivier Kempf, colonel en retraite, bloggeur et professeur à Sciences Po Paris, publie L’OTAN au XXIe siècle pour combler cette lacune. Son objectif est audacieux : décortiquer la réalité de cette organisation et fournir une analyse lisible de son fonctionnement et de ses activités.
L’auteur découpe son ouvrage en quatre grands thèmes. Tout d’abord, il revient sur l’histoire de l’Alliance et détaille le fonctionnement complexe des structures civiles et militaires. Ensuite, il se penche sur les Etats-membres, leurs affinités à l’égard de l’OTAN et leurs apports à l’organisation. Il consacre à ce sujet d’importantes réflexions sur le rôle de la France et analyse sans ambages exagérés le poids des Etats-Unis. Puis, il délimite quatre élargissements : l’élargissement géographique – le premier avec les nouveaux membres, le second avec les partenaires –, l’élargissement de la zone d’intervention, et l’élargissement du périmètre fonctionnel. Enfin, il s’interroge sur les défis de l’Alliance, parmi lesquels le terrorisme et « les armes à effet de masse » – on note en l’occurrence l’absence étonnante de la cybersécurité.
Le propos présenté par Olivier Kempf est extrêmement détaillé. Si pour beaucoup, l’OTAN semble se résumer à ses opérations en Afghanistan, la lecture de cet ouvrage contredira cette perception erronée. La tonalité générale de l’ouvrage est d’insister sur le fait que l’OTAN de la guerre froide s’est profondément métamorphosée et qu’elle est aujourd’hui une organisation qui n’a jamais été aussi active, élargissant par exemple son champ d’action à des activités civiles dans le cadre de l’approche globale, à la lutte contre le terrorisme autant par des relations avec ses partenaires que dans le cadre de son opération Active Endeavor.
L’ouvrage aborde surtout en filigrane une question récurrente : à quoi sert l’OTAN ? Cette question rationnelle n’a jamais été aussi difficile à aborder. D’ailleurs, personne n’est réellement convaincu par les réponses qui sont apportées. La raison est que l’OTAN n’est pas aujourd’hui une organisation qui lutte contre une menace précise, mais plutôt une organisation dont le corps de métier est de fournir et de garantir de la sécurité. Une réponse dont les ramifications sont évidemment très larges, d’où l’utilité de cet ouvrage.
Néanmoins, L’OTAN au XXIe siècle faillit sur certains aspects. Tout d’abord, sa publication correspond au sommet de Lisbonne et donc le nouveau Concept stratégique n’est pas totalement traité. En outre, tout le travail d’implémentation post-Lisbonne est en cours d’élaboration et pourrait réellement changer certains aspects de l’Alliance, comme les partenariats et les « défis de sécurité émergents ». Ensuite, cet ouvrage pèche par excès pédagogique. À l’origine, objet d’un cours dispensé à Sciences Po, l’auteur aurait davantage dû retravailler le contenu pour le rendre moins descriptif. D’une certaine manière, on peut utiliser cet ouvrage comme une encyclopédie. Il aurait été plus intéressant de procéder à une approche plus critique, car à la fin de l’ouvrage, on ne sait pas si l’auteur trouve les différentes évolutions cohérentes, bien menées, superficielles, voire aporétiques. On peut également débattre de l’antanaclase sur l’élargissement, qui donne l’impression que l’OTAN agit partout, avec tout le monde, sans limite. Peut-être est-ce volontaire, mais alors aurait-il fallu être plus critique et poser la question de l’OTAN en relation avec une forme de compétition avec l’ONU. L’auteur ne le faisant pas, son procédé semble plus relever de l’effet de style.